De
la Révélation à la Révolution Les Premiers
Prédicateurs Rasta |
Le rastafarisme est aujourd'hui omniprésent sous ses formes récupérées. En cette fin de période estivale, le packaging vert-jaune-rouge fonctionne à plein et les mélodies sirupeuses d'un reggae anémié continuent à nous bercer légèrement. Bref, le Rasta Business se porte bien. Retracer l'histoire des premiers rastas consiste précisément à faire tomber un certain nombre d'idées reçues. A ses débuts, l'esprit Rastafari se situe aux antipodes du rastafarisme " peace and love ". La naissance du mouvement Rasta correspond, dans une très large mesure, à la volonté d'en finir avec un système où la domestication ra-ciale et coloniale est parvenue à son comble : " Babylone va brûler ! ". " Je ne veux pas la paix,
la seule chose que je veux c'est l'égalité et la justice
" Peter Tosh
In The Begening En ce début
des années trente, la Jamaïque, propriété
de l'empire britannique, constitue un véritable " enfer
terrestre ". Les problèmes économiques et sociaux
dus partiellement à la grande dépression acculent
bon nombre de jamaïcains à émigrer. C'est précisément
dans ce climat de tension permanente que le mouvement Rastafari
va apparaître. L'annonce du couronnement de Ras Tafari Makonnen,
empereur d'Ethiopie, rebaptisé pour l'occasion Haïlé
Sélassié (" force de la trinité ")
s'impose comme une authentique révélation. Cet événement
venait en effet confirmer la prédiction de Marcus Garvey
émise quelques années auparavant selon laquelle un
roi serait couronné en Afrique et apporterait la délivrance
au peuple noir.
Les anarchistes de Dieu Les rastas se font
plus nombreux et commencent à remettre sérieusement
en cause la légitimité du gouvernement. La réponse
ne se fait pas attendre: en 1934, Howell et Hinds sont arrêtés
pour incitation à la révolte et injure à la
couronne britannique. Le jugement s'avère expéditif
: Howell écope de deux ans fermes et son bras droit d'un
an. Pour Howell et ses compagnons, le Jugement Dernier se
chargera de la justice de Babylone et épargnera le peuple
de Jah. A sa sortie de prison, il organise l'Ethiopian Salvation
Society et continue à propager ses idées séditieuses.
La communauté rasta s'agrandit et s'implante dans les collines.
Le camp du Pinnacle rallie plusieurs centaines de Rastas vivant
en marge de la société, de façon autarcique.
En amharique (langue éthiopienne), le nom Ras Tafari signifie
" celui que l'on craint ". C'est précisément
ce sentiment de crainte de voir se constituer un état dans
l'état qui pousse les dirigeants de la Jamaïque à
lancer une vaste opération anti-rasta. Raids policiers
et arrestations arbitraires se multiplient. En juillet 1941, le
Pinnacle est investi et soixante dix rastas sont arrêtés.
La consommation illicite du cannabis devient le prétexte
à un emprisonnement massif. Les journaux relayent la politique
du gouvernement en qualifiant les howellites de dangereux
sectateurs.
Ici rugissent les lions L'invasion de l'Ethiopie par
l'armée de Mussolini engendre un très large sentiment
d'indignation chez les jamaïcains. Le soutien proéthiopien
rejoint les mêmes préoccupations des rastas. L'Ethiopie
symbolise en effet le paradis terrestre, le " Zion ".
L'élan de solidarité en faveur des guerriers éthiopiens
(les " lions noirs ") prend de plus en plus d'ampleur
et plusieurs groupes de rastas demandent l'autorisation d'aller
combattre contre l'envahisseur fasciste. Après avoir salué
le couronnement d'Haïlé Sélassié,
Blood and Fire Faute de pouvoir rentrer sur
la terre promise (l'Afrique : le Zion Land), les rastas se heurtent
aux autorités et la Ja-maïque tourne au Zoulouland.
Les cris de guerre rastas se radicalisent : Nyabhingi (" Mort
aux oppresseurs blancs et à leurs alliés noirs "),
Blood and Fire (" Par le sang et par le feu "). Boris Lutanie |
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